lundi 25 février 2013

Yersinia pestis

Certains livres sont dangereux. On y entre sans se méfier puis peu à peu chapitre après chapitre ils vous retiennent prisonniers. Au milieu c'est le bonheur, la légèreté mais le venin s'instille sans que l'on n'y prenne garde et d'un coup on approche de la fin, on essaie de ralentir sa lecture de mieux savourer chaque page mais rien n'y fait, le héros vieillit, le terme est là, inéluctable. Le mot fin est sous vos yeux. Refermer le livre est un petit déchirement. Alors on reprend le premier chapitre, on picore quelques phrases au hasard mais la réalité s'impose..........
"Peste et choléra" est un livre de cette nature. En 220 pages découpées en 44 courts chapitres, Patrick Deville nous fait revivre le destin d'un homme incroyable qui a su dix fois dans sa vie changer de domaine et se porter vers de nouveaux horizons.
 "ce n'est pas une vie de ne pas bouger" Ce pourrait être le sous-titre du livre. La phrase est d'Alexandre Yersin entré à la fin du 19e siècle dans la "bande à Pasteur" qui sera le premier à isoler (à Hong Kong) le bacille de la peste puis se fera médecin à bord d'un vapeur et découvrira ainsi son paradis: Nha Trang en Indochine. Il y fera successivement de l'exploration géographique, de l'élevage, de la botanique, y acclimatera l'hévéa et l'arbre à quinquina sans jamais rompre ses liens avec ses amis de l'institut Pasteur.
Au-delà du style (Deville donne une impression de facilité et d'espièglerie constante), l'auteur élargi son champ de vision au monde de 1900, nous croisons d'autres explorateurs, Rimbaud, Stanley et Livingstone, les premières automobiles et les premiers avions. Comme Yersin retranché à Nha Trang nous recevons les échos des deux guerres mondiales. 
P.Deville y ajoute de loin en loin non pas un narrateur commun mais un "fantôme du futur" qui vient remettre de l'ordre dans le récit au moment où l'on risque de s'essouffler à suivre cet insaisissable tintin scientifique qu'est Alexandre Yersin.
En fait c'est une image du bonheur que Deville nous présente et on imagine le romancier qui jubile à sa table en retraçant cette vie d'aventurier, et tout l'enthousiasme sans cesse renouvelé de son héros. C'est sans doute pour cela que son récit nous rend heureux.
Ecoutons une dernière fois Patrick Deville "Comme nous tous Yersin cherche à faire de sa vie une belle et harmonieuse composition......Sauf que lui, il y parvient"
Allez courage! demain il fera jour.


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