Jacques Tardi est né à Valence dans la Drôme en 1946, c'est dire que lui et moi (avec quelques années d'écart) sommes de la même génération. Celle des enfants qui ont, au gré des réunions de famille, entendu les récits de leurs parents qui avaient vécu la guerre de 40, l'occupation, quelques fois la captivité en Allemagne, Nous avons suivi ces discussions interminables de fin de repas que ne manquait pas d'interrompre le grand-père pour faire valoir que "la sienne" (celle de 14) c'était quand même autre chose. Il ne reste hélas que peu de choses de ces récits, nous étions trop jeunes pour en ressentir l'importance. Jacques Tardi lui a de la mémoire et le talent de la transmettre.
Ce n'est qu'en 1978 que j'ai découvert les BD de Tardi. Dans la revue (A suivre), "Ici-même" relate sur un scénario de Forest, la vie d'Arthur Même en conflit avec sa famille qui à force de procès perdus ne possède plus que les murs d'enceinte des propriétés familiales ainsi que leurs portails. Il passe donc sa vie sur ces murs courant d'un portail à l'autre afin de percevoir son dû en échange de l'ouverture du dit-portail.
Séduit par cet univers graphique étrange, je m'enquiers du reste de la production de ce dessinateur et découvre comme beaucoup Adèle Blanc-sec. Un véritable choc! Oui les aventures de cette jeune journaliste émancipée dans le Paris de 1910 sont passionnantes, Oui les personnages sont attachants (ptérodactyle, conservateurs de musées, savants fous, momies...) mais ce qui fit de moi un fan absolu c'est le dessin d'un Paris reconstitué avec une minutie, un réalisme qui projette le lecteur dans l'histoire mieux que n'importe quel film (à ce sujet si vous n'avez pas vu la transposition cinématographique d'Adèle faite en 2010 par Luc Besson vous n'avez rien manqué, lisez ou relisez les albums))
La fin du premier cycle (Tardi prolongea la saga ensuite sous la pression publique) augure de la véritable passion (obsession?) de Jacques Tardi : l'absurdité de la guerre en général, la folie de celle de 14 en particulier. Adèle meurt à la fin de "momies en folie" et la dernière planche montre une forêt de drapeaux et la légende indique "il n'y eut plus d'espoir" nous sommes le 2 août 1914.
Jacques Tardi est le maître de la BD en ce qui concerne la guerre de 14, sa première oeuvre y est déjà consacrée avec "la fleur au fusil" puis le ton se durcit avec "c'était la guerre des tranchées" puis "putain de guerre" On y retrouve tout le réalisme qui anime son oeuvre, le souci du détail et par-dessus tout une condamnation de la guerre par refus de l'horreur.
Entre 2001 et 2004 Tardi porte en BD (comme on dit porte à l'écran) l'oeuvre de Jean Vautrin sur la commune "le cri du peuple" superbe transposition en BD de cette page d'histoire dans laquelle Tardi retrouve Paris* mais cette fois celui de 1870.
Aujourd'hui Jacques Tardi change de génération et nous présente la première partie des mémoires de captivité de son père: "stalag IIB" Il touche dans cette oeuvre à l'intime et nous offre un contact avec la génération qui nous a précédé et que j'évoquais en ouverture de cet article. J'attends la seconde partie avec impatience.
Avec ce dernier opus, Jacques Tardi montre qu'il a encore beaucoup à dire et à montrer en matière d'histoire. Alors Jacques courage! ne lâchez rien
*Tardi illustre également les romans de Léo Malet (Nestor Burma) dont chaque épisode se déroule dans un quartier de Paris, mais il s'agit comme pour les romans de Celine d'une illustration et non d'une BD.
Allez courage! demain il fera jour





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