En regard de l'introduction du message précédent (putain de guerre), qui ne s'est pas posé cette question dans la génération d'après guerre? Qui ne s'est pas interrogé devant un livre, un film ou une émission de télé (souvenez vous: "les dossiers de l'écran" avec comme générique la musique de "l'armée des ombres" de Melville), sur ce qu'il aurait fait s'il avait vécu entre 40 et 44 en France occupée.
Pierre Bayard, pour tenter de répondre a choisi de se transposer à l'âge et dans les lieux correspondants à ces choix difficiles et à tenter de reconstituer la vie de ce double de lui-même. Il le fait avec une honnêteté intellectuelle qui donne toute sa force à son essai et il ajoute une contrainte qui aurait pu se révéler redoutable: il crée un double qui a le même âge, la même activité (prépa normale sup') et se trouve dans les mêmes lieux que son propre père en 1940.
A partir de ce point de départ Pierre Bayard étudie chacun des choix, chaque carrefour en quelque sorte où il aurait dû décider de son attitude. Il le fait en allant chercher des récits, des témoignages voire des oeuvres qui mettent ces décisions en perspective et surtout les motivations qui les ont sous tendues.
Il convoque successivement l'expérience de Milgram (soumission à l'autorité) et le film de Louis Malle et Patrick Modiano "Lacombe Lucien" (hasard et nécessité?)

Il cite largement le bouquin de Browning "des hommes ordinaires" qui fait le récit de ces hommes du 101e bataillon de réserve de la police allemande qui ont été progressivement amenés à exterminer 83000 personnes alors même qu'on leur offrait la possibilité de refuser et que les quelques uns qui effectivement refusèrent de participer aux massacres ne furent pas inquiétés.
Les décisions de Daniel Cordier (Alias Caracalla) et de Romain Gary (la promesse de l'aube) qui pour des raisons différentes quittent la France dès le lendemain de la demande d'armistice par Pétain, mais aussi plus tard, les justes du Chambon sur Lignon permettent à P.Bayard de proposer des explications rationnelles : l'origine familiale, l'éducation, la capacité à s'indigner puis à vaincre la peur des conséquences (très bien abordée dans l'histoire de Hans et Sophie Scholl).............. sans jamais oublier de s'interroger sans complaisance sur l'attitude supposée de son"double"
En 160 pages Bayard a le mérite d'une part (c'est son objet principal) de nous convoquer au tribunal de notre propre conscience mais aussi de nous offrir un florilège de témoignages de toutes sortes sur cette période.
Il ne manque pas de nous rappeler qu'il est facile de juger depuis son fauteuil dans un pays en paix, voire......de façon moins dramatique nous sommes aujourd'hui encore confrontés régulièrement par l'actualité à des choix comportementaux: accepter? refuser?se désintéresser?




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