mercredi 30 avril 2014

En attendant les miss...

A vous, qui allez débarquer entre les pics enneigés qui surveillent le chaudron grenoblois et au pied de la vieille dame de fer dont la tête se perd dans la grisaille polluée de la capitale (ainsi qu'à tous ceux qui n'ont pas la chance d'être ici) je délivre une galerie en forme d'ode apologétique de cet endroit magique dont vous êtes (au moins partiellement) issues.
Pas de discours! juste quelques images de cette baie unique...

Les Sables d'Olonne ce matin 30 avril 11h (réalisé sans trucage)


 
                                                             le chenal devant derrière
 

                                                                       

 
 

                                             la chaume berceau historique
                  
     toujours une pointe de nostalgie pour cette rescapée du carnage des années 60

            
Pour ceux qui n'ont pas la chance d'être construit sur pilotis il reste cette vieille méthode de protection qui fait la joie des enfants face aux grandes marées

 
 
 
Allez courage! (surtout pour ceux qui sont loin) même chez vous demain il fera jour
(photos kheper)


lundi 31 mars 2014

J'ai rencontré une étoile


Le festival « cordes sensibles », peu de gens connaissent, je ne l’ai découvert qu’en janvier dernier. Je suis sur le net les pérégrinations des cinq ou six plus grands guitaristes mondiaux, et donc en janvier j’apprends que la star de la guitare classique, celle que l’on a surnommée lorsqu’elle avait 12 ans le prodige croate : Ana Vidovic donnera un concert en soliste au festival « cordes sensibles » le 28 mars à Saint-Médard-en-Jalles dans la banlieue bordelaise. Bordeaux n’est pas à proprement parler sur la route des Sables d’Olonne mais Ana Vidovic  qui tourne dans le monde entier et ne vient quasiment jamais en France, mérite ce détour.

Le festival « cordes sensibles » est en effet relativement confidentiel, peu d’annonces, pas d’affiches avant la médiathèque où se déroule la manifestation, une ambiance bon enfant dans une petite ville de province, encadrée par des bénévoles décontractés qui pourtant ont su négocier la venue d’une vedette internationale (Ana arrive d’Afrique et repart le lendemain pour l’Amérique du sud) et d’une vedette nationale montante qui relance en France le Jazz manouche (Thomas Dutronc assure le concert du 2e jour).

J’arrive une heure en avance pour être bien placé (je ne connais pas la salle ni son acoustique), personne ou presque, la seule animation regroupe dans un local annexe quelques luthiers et leurs œuvres). Je choisis une place au cinquième rang face à la scène. A 20h30 la salle est pleine. On reste dans l’ambiance décrite, le président de l’association remercie quelques sponsors, salue les invités des premiers rangs, bénévoles et notables et annonce la première partie

Et là tout bascule….Samuel Rouesnel jeune guitariste de Flamenco tout juste auréolé d’un prix décerné en 2013 par un magazine de guitare nous présente des morceaux de sa composition accompagné par un percussionniste très…..ibérique (c’est un compliment)

Je ne suis pas spécialiste, mais je crois que Paco de Lucia (à qui je rendais hommage il y a quelques semaines) n’aurait pas renié ce garçon. Celui que l’on surnomme déjà (Espagne oblige) Samuelito est manifestement influencé par le Maître mais dans le bon sens du terme, sa musique a d’ors et déjà sa personnalité. Moment d’émotion, il interrompt le fil de ses compositions pour un hommage à Paco en interprétant une de ses œuvres. Bref vous allez entendre parler de Samuelito.
 
 
 
 
 
 
 
 

Et très vite ELLE est sur la scène, elle accorde, lis un papier avec quelques mots de français, présente son concert en anglais et se « chauffe » (comme souvent) avec les variations sur un thème de Sor.
 
 
                                
 
 
 
Tout de suite c’est la magie, c’est la première fois que j’entends un artiste de ce niveau et la première fois que j’entends une guitare comme celle là, jamais entendu des basses aussi profondes, des aigus aussi purs et l’acoustique (excellente au demeurant) ne fait pas tout (j’en aurai la preuve le lendemain mais n’anticipons pas).

Après ce premier morceau ce sera un déferlement de « tubes », depuis Grenada, en passant par Asturias, Catédral et en final le Recuerdos de la Alhambra, pendant une heure Ana nous subjugue par une maîtrise une sensibilité une expression indescriptible (désolé je n’ai pas le son sur ce blog). Le charme agit totalement sur une salle où pas un bruit, pas un toussotement ne vient ternir la musique. Ana en fera la remarque à la fin du concert en remerciant pour l’attention portée à son travail.
 
                                  
Et comme je ne serais pas le scarabée sans une petite citation j’ajoute que lorsque le charme de l’artiste se conjugue avec la virtuosité de l’interprète « faut plus comprendre, faut prier »

 

Voilà ! Je pourrai m’arrêter là sur ce récit d’une belle soirée de concert mais ce qui motive cet article c’est ce qui suit. Le lendemain samedi doit se dérouler un « petit déjeuner musical », en fait une présentation de leur travail par les élèves du conservatoire. La prestation se déroule dans une petite salle annexe. Je ne connais pas les lieux, j’arrive donc une nouvelle fois avant l’heure et je prends l’une des rampes de l’escalier double qui conduit à la salle. A mi hauteur surgissant de l’autre rampe, naturellement et comme n’importe quelle élève du conservatoire, Ana, sa guitare à la main se rend à l’audition, nous nous saluons (ce sourire !) et je la suis dans le petit auditorium (bien sur que j’ai triché, je l’ai vu de loin et sciemment pris l’escalier opposé).

La guitare est un monde étonnant, voilà une artiste de renommée internationale qui se produit dans les salles les plus prestigieuses qui, au lendemain d’un concert et avant de s’envoler pour le bout du monde, vient une heure durant avec simplicité et modestie, écouter et applaudir de jeunes élèves (du débutant au confirmé), et qui pour ses mêmes élèves et une poignée d’aficionados va prendre sa guitare et nous interpréter sans fioritures cette pièce magique qui me rend fou comme apprenti : l’Asturias d’Albéniz.

Je suis à trois mètres, je peux détailler chaque doigté, chaque trémolo, c’est magique !


                                          
 

 J’ai rencontré une étoile et vous voulez que je vous dise ? Après ça on peut mourir.

 

Allez courage ! Moi je retourne à mes gammes

(photos kheper)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vendredi 28 février 2014

Quand le génie devient légende

Trois jours de deuil et les drapeaux en berne à Algésiras pour saluer la sortie du plus grand guitariste de flamenco contemporain.
Vous avez peut être entendu prononcer le nom de Paco de Lucia pour la première fois il y a 2 jours et pourtant...
Pourtant il se fait connaître dès l'âge de 12 ans en remportant le concours international de Flamenco de Jerez, à 15 ans il est à Madrid et gagne sa vie avec sa guitare,  à 16 ans il est à New-York et à 18 il enregistre son premier disque.

Il touche sa première guitare dès l'âge de 4 ans, la légende est en marche, on dit que le père de Beethoven l'enchainait à son piano, la famille (oui tout le monde s'y met) de Paco le fait travailler 10 à 12 heures par jour et il ne lâchera plus sa guitare jusqu'à ce 26 février 2014.

Vous avez dit flamenco? bien sur Paco s'est d'abord fait connaître par sa manière unique de revisiter cette musique si particulière mais c'était d'abord et peut-être surtout un génie de la guitare tout court. Ecoutez le interpréter le concerto d'Aranjuez ou les pièces d'Albéniz et de Falla, et visionnez les concerts qu'il donna avec deux génies de la guitare jazz Al di Meola et John McLaughlin (friday night in San Francisco)


Les légendes n'ont pas de limite, Woody Allen dont les bandes son depuis toujours rendent hommage aux classiques du jazz traditionnel à choisi "entre dos aguas" pour son film Vicky Cristina Barcelona.

Allez courage! je vous laisse, je vais écouter Paco

dimanche 9 février 2014

Un coeur aventureux

Ce qu'est le cœur de Simon Limbres, ce cœur humain, depuis que sa cadence s'est accélérée à l'instant de sa naissance quand d'autres cœurs au-dehors accéléraient de même, saluant l'évènement, ce qu'est ce cœur, ce qui l'a fait bondir, vomir, grossir, valser léger comme une plume ou peser comme une pierre, ce qui l'a étourdi, ce qui l'a fait fondre _ l'amour; ce qu'est le cœur de Simon Limbres, ce qu'il a filtré, enregistré, archivé, boite noire d'un corps de vingt ans, personne ne le sait au juste, seule une image en mouvement créée par ultrason pourrait en renvoyer l'écho, en faire voir la joie qui dilate et la tristesse qui resserre, seul le tracé papier d'un électrocardiogramme déroulé depuis le commencement pourrait en signer la forme, en décrire la dépense et l'effort, l'émotion qui précipite, l'énergie prodiguée pour se comprimer près de cent mille fois par jour et faire circuler chaque minute jusqu'à cinq litres de sang, oui, seule cette ligne là pourrait en donner un récit, en profiler la vie, vie de flux et de reflux, vie de vannes et de clapets, vie de pulsations, quand le cœur de Simon Limbres, ce cœur humain, lui, échappe aux machines, nul ne saurait prétendre le connaître, et cette nuit-là, nuit sans étoiles, alors qu'il gelait à pierre fendre sur l'estuaire et le pays de Caux, alors qu'une houle sans reflets roulait le long des falaises, alors que le plateau continental reculait, dévoilant ses rayures géologiques, il faisait entendre le rythme régulier d'un organe qui se repose, d'un muscle qui lentement se recharge _ un pouls probablement inférieur à cinquante battements par minute _ quand l'alarme d'un portable s'est déclenchée au pied d'un lit étroit, l'écho d'un sonar inscrivant en bâtonnets luminescents sue l'écran tactile les chiffres 05:50, et quand soudain tout s'est emballé.
Ainsi se présente la première phrase qui sert aussi de prologue au dernier livre de Maylis de Kérangal : "réparer les vivants"

 

Maylis de Kérangal aime les mots, aime juxtaposer les mots à la manière d'un horloger remontant les minuscules rouages d'une montre. Chacun semble avoir été pesé, soupesé, mis sous la lampe et enfin choisi pour servir la phrase et même si cela semble incongru à l'heure des textos phonétiques c'est ce que l'on appelle un style et c'est ce qu'on appelle un écrivain.

Ensuite et c'est aussi important pour nous, lecteurs il y a la forme du propos, ce cœur qui nous est présenté, nous prenons le train(1) avec lui, et chaque gare du parcours verra monter des voyageurs qui participent à cette histoire et pour chacun nous serons embarqués dans son monde, immergés dans ce qui fait sa vie (surfeur, parents, urgentiste, interne, psychologue etc), puis à l'instar de tout voyage nous verrons descendre et s'éloigner ces personnages. Le seul acteur que l'on ne perd jamais de vue c'est ce cœur présent dans le prologue.



Enfin il y a les tripes de l'écrivain qui fait que nous baignons constamment, y compris en plein drame dans une empathie totale, qui évite les pièges du pathos comme ceux de la technique chirurgicale qui pourraient nous faire vite décrocher.

Au contraire on s'accroche sans effort jusqu'à la dernière ligne et là, vous voulez que je vous dise : il s'est passé quelque chose en nous, et je crois que la cause en est simple: Maylis de Kérangal aime les mots.... c'est ce qu'on appelle un écrivain.


(1) voir er relire Tangente vers l'est qui a fait l'objet d'un article ici (21/11/2012)

Allez courage! demain il fera jour
(photos kheper  "surfeurs aux Sables d'Olonne")









dimanche 12 janvier 2014

CP 27 (et dernière) Munich

 
Mon cher Maxence,
Voici donc la dernière carte postale de ce voyage au cap nord. Munich dernière halte avant le retour en France. Il s'agissait surtout d'une étape souvenir, la Bavière ayant été une des destinations favorites de ma jeunesse. Encore une ville détruite et reconstruite en grande partie mais le charme ne réside pas dans son architecture, plutôt dans une ambiance très spéciale faite de décontraction, d'empathie de douceur de vivre.
Un seul exemple facile à expérimenter pour tout voyageur : tu te places à un carrefour avec un plan à la main et tu tentes de te repérer (comme on le fait toujours) avec les plaques indicatrices des rues; Il ne te faudra pas attendre plus de quelques minutes pour être abordé par un munichois proposant son aide. Je n'ai vu cela nulle part ailleurs de façon aussi récurrente.
Donc j'ai aimé flâner dans Munich et les quelques photos ci dessous en apportent la preuve depuis Marienplatz ci dessus à quelques très belles bâtisses art nouveau en passant par un exemple d'église rococo très spectaculaire.
   

                                    




                                                                             


 
                                       
Mais Munich est aussi un symbole fort du terrible 20e siècle que nous venons de quitter sans regret et dont j'ai vécu la seconde moitié. En reprenant le tracé de ce voyage de trois mois dont le but était les grandes étendues nordiques, je m'aperçois que j'ai aussi fait le tour du siècle de cette grande Europe (nous commémorons le début des grands carnages cette année) et que j'ai commencé ce voyage par la fin de l'histoire (Sigmaringen et Berlin) parcouru les villes martyres (Varsovie, Prague, Budapest) et que je finis là où tout a commencé dès 1920. Voilà Maxence, nous sommes au début du siècle suivant et personne ne doit oublier d'où nous venons et ce que nous avons traversé
"C'EST POURQUOI JE ME PERMETS D'INTIMER L'ORDRE A CERTAINS SALISSEURS DE MEMOIRE DE FERMER LEUR CLAQUE-MERDE (Michel Audiard les tontons flingueurs)

Enfin et avant de refermer cette série de cartes postales dont tu as été le destinataire unique,  je te propose de rentrer par les Alpes bavaroises avec les fameux châteaux de Louis II,

 
Les Alpes autrichiennes et Innsbruck
                    
 
               


 
 

 
les dolomites et les Alpes franco-italiennes qui montrent là aussi que l'Europe a été longue à se dessiner...... 

                                                                             


                                                                             
 
 
Voilà cher Maxence, un dernier cadran, une dernière citation qui referment cet album 2013


Allez courage! demain il fera jour
(photos kheper)